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Archives Mauboussin Collection et recherches privées

2 septembre 2026 · Charles Mauboussin

Reconnaître et dater une pièce Mauboussin

Signature, numéro de série, poinçons de titre et de maître : la méthode pour situer une pièce sans faire appel à un expert. Avec les repères qui datent à coup sûr, et les pièges qui font attribuer n'importe quoi.

Cet article est un outil, pas un récit. Il rassemble les repères matériels qui permettent de situer une pièce — ce qu'on peut lire à la loupe avant même de parler de style.

Précision utile : rien de ce qui suit ne remplace une expertise. Pour une pièce importante, une pierre de plus d'un carat ou une valeur supposée au-delà de quelques milliers d'euros, l'avis d'un professionnel reste nécessaire. Ce qui suit sert à trier, classer et éviter les contresens.

1. La signature

Les pièces de la maison portent généralement la mention MAUBOUSSIN PARIS, accompagnée d'un numéro de série propre à la pièce. C'est ce numéro qui rend un objet traçable — notez-le systématiquement, même si vous ne savez pas encore quoi en faire.

Où regarder : à l'intérieur de l'anneau pour une bague, sur le fermoir pour un bracelet ou un collier, au dos de la monture pour une broche. À la loupe : les gravures sont petites et souvent usées.

2. Le piège de la signature américaine

C'est l'erreur d'attribution la plus fréquente.

Signature relevée Ce que ça dit
MAUBOUSSIN PARIS + poinçons français Production parisienne
Trabert & Hoeffer-Mauboussin Production américaine, 1936 ou après
Mention Reflection 1938 ou après — ligne Gustave Toth, souvent modulaire

Une pièce Trabert & Hoeffer-Mauboussin n'a pas nécessairement été dessinée ni fabriquée à Paris : la firme américaine avait repris l'inventaire et le nom. Le détail de cet épisode est ici.

3. Les poinçons de titre

Ils ne disent rien de la maison, mais tout du métal — et ils bornent la datation, parce que chaque poinçon a une date d'entrée en vigueur.

Or et argent

Poinçon Métal En vigueur depuis
Tête d'aigle Or 750‰ (18 carats) 1838
Trèfle Or 375‰ (9 carats)
Tête de Minerve Argent 925‰

Platine — le métal de la joaillerie Art déco, donc le plus utile ici

Poinçon Titre En vigueur depuis
Tête de chien, chiffre 1 au museau Platine 950‰ (titre courant en joaillerie) 1912
Tête de chien, chiffre 2 Platine 900‰ 1912
Tête de chien, chiffre 3 Platine 850‰ 1912
Mascaron Platine d'occasion ou d'origine incertaine, 850‰ minimum

Conséquence directe : une pièce en platine portant la tête de chien ne peut pas être antérieure à 1912. C'est souvent le repère le plus solide dont on dispose, et il ne dépend d'aucune interprétation.

Le mascaron mérite une mention particulière : il signale un platine d'occasion ou d'origine incertaine. Sa présence n'invalide rien, mais elle indique que la pièce est repassée par le circuit de la garantie — un remontage, une revente ancienne, une importation.

4. Le poinçon de maître

Il se présente sous forme de losange, orienté horizontalement ou verticalement, contenant les initiales ou la marque du fabricant. Les poinçons de maître des grandes maisons sont répertoriés : c'est par là qu'on distingue une production maison d'un travail de sous-traitance.

Sur une pièce ancienne, il est fréquent qu'il ne subsiste que des traces du poinçon de maître, sur l'extérieur de la monture.

5. Les repères de style

Moins sûrs que les poinçons, mais utiles en recoupement :

  • Cristal de roche en jeux de transparence → à partir de 1925, c'est une signature de la maison à ce moment-là.
  • Géométrie cubiste : bracelets-rubans, broches octogonales, pavages contrastés de tailles rondes, carrées et baguettes → années 1920–1930.
  • Asymétries et disproportions1960–1970.
  • Émail → penser à la collection Arlequin, 1960.

6. Ce qui ne date pas une pièce

  • Le serti invisible. Contrairement à ce qu'on lit souvent, ce n'est pas une technique Mauboussin. Les brevets sont Chaumet (1904), Cartier (1932) et Van Cleef & Arpels (1936). Des pièces Mauboussin le mentionnent dans L'Officiel en 1936, mais la maison n'a pas poursuivi. Ne l'utilisez pas comme critère.
  • L'écrin. Il se remplace, se dépareille et se falsifie. Un écrin signé n'est jamais une preuve pour la pièce qu'il contient.
  • Une ressemblance avec une publicité d'époque. Les modèles étaient déclinés, copiés et remontés. Une ressemblance ouvre une piste ; elle ne conclut pas.

Méthode de relevé

Pour chaque pièce entrant dans la collection, je note dans cet ordre :

  1. La signature exacte, telle qu'elle est gravée, sans la corriger.
  2. Le numéro de série, chiffre par chiffre.
  3. Tous les poinçons présents, avec leur emplacement.
  4. Les dimensions et le poids.
  5. Ce qui est illisible ou douteux — c'est souvent l'information la plus utile plus tard.

Photographier les poinçons à la macro, même flous : on y revient.