4 septembre 2026 · Charles Mauboussin
Pierre Mauboussin, du comptoir de joaillerie au Fouga Magister
Le fils de Georges Mauboussin était directeur technique de la maison de joaillerie en 1928. Il en est sorti pour construire des avions — et a fini par diriger le bureau d'études d'où est sorti le jet d'entraînement de l'armée de l'air française.
C'est l'histoire la moins connue de la famille, et de loin la plus étonnante. Elle n'apparaît dans aucune des synthèses joaillières que j'ai lues, sinon comme une note de bas de page — « le fils de Georges s'intéressait à l'aéronautique ». La réalité est nettement plus sérieuse que ça.
Un directeur technique qui s'en va
Pierre Mauboussin naît à Paris le 20 février 1900. Fils de Georges, il est en 1928 directeur technique de la maison de joaillerie. Il a vingt-huit ans, la maison vient de prendre son nom six ans plus tôt et s'apprête à connaître ses plus belles années.
Il part la même année.
Il s'associe à l'ingénieur Louis Peyret — un nom qui compte dans l'aviation légère française — et ensemble ils conçoivent et construisent trois types d'avions de sport. Les appareils portent la double signature : Peyret-Mauboussin.
Avions Mauboussin
Puis c'est la marque seule. Avions Mauboussin produit les PM X, PM XI, et le Corsaire — des avions légers, économiques, pensés pour l'aviation populaire. On est loin de la place Vendôme.
Il faut mesurer ce que ce geste a d'étrange. Georges Mauboussin bâtit à ce moment-là une maison de joaillerie internationale, ouvre New York, Londres et Buenos Aires, monte des expositions autour de l'émeraude et du rubis. Son fils, son directeur technique, s'en va faire voler des monoplans en bois.
Ce qui relie les deux, peut-être : la maison Mauboussin déposait des brevets et cherchait son inspiration technique hors du métier. Le goût de la mécanique de précision ne s'est pas arrêté à la monture d'un diamant.
Le bureau d'études Fouga
Pierre Mauboussin prend ensuite la direction du département aviation des Établissements Fouga & Cie. C'est de ce bureau d'études que sort, en 1952, le CM-170R Magister — le Fouga Magister, avion à réaction d'entraînement des pilotes de chasse.
Le Magister est l'un des appareils français les plus produits et les plus exportés de l'après-guerre. C'est aussi, pendant des décennies, l'avion de la Patrouille de France.
En juillet 1958, après le rachat d'Air-Fouga par Henry Potez, Pierre Mauboussin est nommé directeur de la branche Aviation du groupe Potez. Il prend sa retraite en 1967 et meurt à Mortefontaine (Oise) le 21 août 1984, à quatre-vingt-quatre ans.
Pourquoi cette histoire compte ici
Parce qu'elle change la lecture des objets. Une maison de joaillerie dont le directeur technique part construire des avions n'est pas une maison qui pense seulement en termes de style. Les brevets déposés, l'obsession de la monture, le serti invisible de 1937 — tout cela appartient au même monde mental que le fuselage d'un PM XI.
Il y a là un fil à tirer : chercher, dans les pièces des années 1930, ce qui relève de l'ingénierie plutôt que du dessin.
Ce qui reste à faire
- Retrouver des documents Avions Mauboussin : plans, publicités, photographies d'usine, carnets de vol.
- L'ouvrage de Jean-Marc Olivier, Les avions Mauboussin : une aventure technologique, industrielle et humaine, que je n'ai pas encore lu.
- Vérifier la nature exacte du départ de 1928 : rupture, essaimage, ou activité parallèle financée par la maison ? Aucune source consultée ne le dit.
- Établir si des pièces de joaillerie portent la trace de cette culture technique — brevets communs, ateliers partagés.