5 septembre 2026 · Charles Mauboussin
Où chercher des archives Mauboussin
La publicité de magazine survit mieux que le bijou, et elle est datée. Méthode de collecte : quels documents chercher, dans quel ordre, et ce qu'on peut en tirer.
Chercher des traces d'une maison de joaillerie, c'est rarement chercher des bijoux. Les pièces disparaissent, se remontent, changent de main sans papier. Ce qui subsiste, c'est l'image publiée — et elle a un avantage décisif : elle est datée.
Voici l'ordre dans lequel je travaille.
1. La presse d'époque
C'est le gisement principal, et de loin. Une publicité parue dans un magazine porte une date, un titre de publication, souvent un nom de photographe. Elle donne donc trois choses d'un coup : un objet, une datation ferme, et un contexte de diffusion.
Ce qu'on trouve pour la période 1925–1950 :
- 1925 — un catalogue de douze pages, Le Bijou moderne
- 1927 — broche, sac en ors, bracelet à cabochons de jade, quartz rose, agate bleue
- 1928 — pendentif, bracelet, montre, bague, broche Art déco
- 1930 — boucles d'oreilles et broche pendentif en émeraudes, portées avec une robe Augustabernard, photographiées par George Hoyningen-Huene
- 1931 — Exposition coloniale : collier « fleur exotique » et porte-cigarettes
Les titres à dépouiller en priorité : Vogue, L'Officiel, L'Illustration, Femina, Vanity Fair, Harper's Bazaar.
L'usage réel de ce matériau n'est pas décoratif : c'est un outil de datation. Une pièce non identifiée qui ressemble à une réclame datée entre dans une fourchette. Elle n'est pas identifiée pour autant — les modèles étaient déclinés et copiés — mais on a une piste opposable.
2. Les archives publiques
C'est le versant que je n'ai pas encore attaqué, et c'est celui qui produira du neuf plutôt que du recoupement.
- La presse numérisée de la Bibliothèque nationale. L'Illustration, Femina et Le Figaro y sont consultables en pleine page. Les comptes rendus des trois expositions de la rue de Choiseul — l'émeraude en 1928, le rubis en juin 1930, le diamant en juin 1931 — doivent s'y trouver, avec des photographies de pièces qu'on ne voit nulle part ailleurs.
- Les registres de poinçons et les archives de la garantie, pour l'identification des poinçons de maître.
- Les archives notariales et d'état civil parisiennes, pour la période Rocher–Noury (1827–1883). C'est la zone la plus obscure de toute l'histoire de la maison, et personne ne semble y être allé.
- Les fonds de musées d'arts décoratifs, dont les catalogues d'exposition donnent des provenances établies.
3. Les catalogues de vente
Contre-intuitif mais efficace : les fiches de pièces passées en vente publique sont souvent les descriptions les plus complètes qui existent. Poinçons relevés, numéro d'inventaire, dimensions, poids, bibliographie, parfois provenance.
L'intérêt n'est pas d'acheter. C'est de comparer. Quand on tient une pièce sans papier, une fiche de vente détaillée d'un objet voisin permet de rattacher la sienne à une période, un atelier, une série.
4. Ce qui ne se cherche pas en ligne
Le plus précieux ne se trouve dans aucune base :
- Les papiers de famille — factures, courriers, photographies d'intérieur où un bijou est porté.
- Les témoignages, tant qu'il reste quelqu'un pour les donner.
- Les écrins, boîtes et emballages, qui documentent les adresses successives de la maison même quand ils sont dépareillés de leur pièce.
C'est aussi le seul matériau que personne d'autre ne peut publier à notre place. Le reste se recoupe ; celui-là, il faut le sauver.